Découvrir l'histoire de l'Ecole normale d'institutrices

Ouverte en 1883, l'École normale d’institutrices de Tarbes a longtemps formé les enseignantes des Hautes-Pyrénées et du Gers. Les bâtiments, conçus par l'architecte Félicien Larrieu, ont accueilli des Normaliennes jusqu'en 1965, et étaient aujourd'hui en grande partie inoccupés.

Un site occupé par l'École normale de 1883 à 1965

Les bâtiments de l'ancienne École normale d’institutrices de Tarbes occupent plus de 3 500 m² sur un terrain de 7 000 m² environ en plein cœur de Tarbes, à mi-chemin entre l'hôtel de ville et le jardin Massey. La parcelle est ouverte au nord sur la rue Eugène Ténot, et au sud sur la rue Georges Magnoac.

Le site a accueilli les futures institutrices du 65 et du 32 jusqu’en 1965 (les garçons étaient formés à Auch), date à laquelle l'école normale de filles a été transférée boulevard Claude Debussy où elle devient rapidement mixte et exclusivement départementale. Cette école normale devient en 1990 Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM). En 1992, l'IUFM (aujourd'hui appelée Institut supérieur du professorat et de l'éducation (INSPE)) va rejoindre le campus tarbais, sur la zone de Bastillac. L'ancienne Ecole normale du Boulevard Debussy devient le collège Victor Hugo.

Les locaux de l'ancienne École normale de la rue Eugène Ténot ont abrité depuis le premier Institut universitaire de technologie de Tarbes (qui sera aussi transféré zone Bastillac), le Comité départemental du Tourisme et, jusqu’en 2021, le conseil des prud'hommes et une partie des Archives départementales.

Plan d'implantation de l'Ecole normale (1880) - ADHP, 4 N 102 / 2
Plan d'implantation de l'Ecole normale (1880) - ADHP, 4 N 102 / 2
Au XIXe siècle, la formation des instituteurs et institutrices devient affaire d’État

En France, la loi du 28 juin 1833, dite « loi Guizot » du nom de son promoteur François Guizot, ministre de l'Instruction publique, impose notamment à chaque département d'entretenir une école normale d'instituteurs. Cette loi destinée à favoriser l'instruction primaire contribuera à développer l'alphabétisation des garçons : en 1848, les deux tiers des conscrits savent lire, écrire et compter, l’analphabétisme est quasiment vaincu en 1870, et tous les Français peuvent recevoir une instruction libre et gratuite.

Dans les Hautes-Pyrénées, un « cours normal » destiné à former des institutrices avait ouvert dès 1839 à Bagnères-de-Bigorre, sous l'égide des Sœurs de la Croix.

En 1879, Paul Bert, physiologiste et partisan avec Jules Ferry de « l'école gratuite, laïque et obligatoire », fait voter la loi du 9 août qui prévoit que « tout département devra être pourvu d'une école normale d'instituteurs et d'une école normale d'institutrices ». Deux départements pouvant s'associer pour proposer chacun l'une des écoles, le Gers se montre intéressé : Auch accueillera une école normale de garçons, Tarbes une école normale de filles.

Des bâtiments conçus pour accueillir la formation d'une cinquantaine de Normaliennes et une école d'application

Le Département des Hautes-Pyrénées acquiert en 1881 un terrain de 7.200 m² dans le centre de Tarbes pour la somme de 54.000 francs de l'époque, soit environ 7,5 francs le m². Félicien Larrieu, architecte du Département, propose un édifice en H sur deux niveaux, avec quatre pavillons disposés aux angles extérieurs. L'ensemble accueillera des salles de cours, des dortoirs pour 40 à 60 élèves, des chambrettes pour les surveillantes, un réfectoire, un gymnase, une chapelle, mais aussi une école primaire d'application de 80 enfants. Le projet prévoit la mise en œuvre de matériaux locaux, qu'il s'agisse des pierres, de la chaux ou des ardoises de couverture.

Les travaux débutent en janvier 1882, et l'École normale d’institutrices de Tarbes ouvre ses portes le 1er octobre 1883 avec 25 élèves pour 40 places disponibles.

Plan du rez-de-chaussée de l'Ecole normale - ADHP, 4 N 102 / 5
Plan du rez-de-chaussée de l'Ecole normale - ADHP, 4 N 102 / 5
Un lieu de vie spartiate et clos qui s'ouvre peu à peu sur le monde
Promotion 1948-1952 de l'Ecole normale avec le squelette Oscar - collection privéee
Promotion 1948-1952 de l'Ecole normale avec le squelette Oscar - collection privéee

Les murs de 3 mètres de hauteur (aujourd’hui détruits) entourant les bâtiments de l'école normale, mais aussi la sévère discipline de l'école, contribuèrent au surnom donné à la rue Eugène Ténot de « rue des trois prisons », la rue accueillant en effet, outre l'école normale, la prison et le Carmel...

Les conditions de vie à l'intérieur de l'école étaient rudes : pas de chauffage dans les dortoirs en hiver et pas assez d'aération en été, un nombre insuffisant de sanitaires, des eaux sales traversant les cours extérieures... De nombreux états de santé préoccupants furent d'ailleurs signalés parmi les élèves.

Au fil des années, des travaux furent réalisés pour vitrer les baies de la galerie nord et agrandir la salle d'étude (1901-1902), créer des douches supplémentaires (1930), installer un chauffage central au mazout (1931-1932)...

Mais l'École normale était aussi un lieu de vie, où les jeunes filles suivaient un enseignement littéraire et scientifique qu'elles mettaient en application au bénéfice des élèves de l'école primaire associée à l'établissement. Petit à petit, l'école s'était ouverte sur le monde, avec la fréquentation du théâtre des Nouveautés, la création de spectacles, des échanges avec des correspondants américains après la Grande Guerre... Il faut aussi signaler que l'école, dès sa création, s'était dotée de technologies pédagogiques innovantes, audiovisuelles notamment.

Par ailleurs, l'éducation physique prenait une place importante dans le quotidien des pensionnaires, invitées à marcher, faire de la gymnastique ou jouer au croquet dans la cour d'honneur. Dès les années 1930, des stages de ski sont même organisés à Barèges ou à Luchon.

Enfin, l'École normale sut aussi être un lieu festif, notamment lors de la réception des élèves de première année chaque 1er octobre. En juillet, avaient lieu les « lamentations », au cours desquelles les élèves de troisième année, en tablier noir, pleuraient leurs derniers jours à l'école normale...

Un mode de vie proche de la vie monacale

Le règlement intérieur de l'école était strict : plus de 12 heures de travail par jour, 6 heures de sommeil en été et 6 heures 30 en hiver, une à deux sorties par mois sous réserve de « bonne conduite », des échanges par courrier limités à quelques correspondants désignés par les familles. En 1895, une élève fut ainsi renvoyée pour avoir été découverte en possession d'une lettre adressée par un jeune homme et transmise par le concierge... qui fut lui aussi renvoyé. Ce règlement, directement inspiré des institutions religieuses, restera en vigueur de longues années.

Un usage du site soumis aux aléas de l'histoire...

Conçus pour l'École normale d’institutrices, les bâtiments ont accueilli au cours du temps d'autres usages, au gré notamment des événements historiques du XXe siècle. Ainsi, en août 1914, les locaux sont affectés aux soins des blessés et malades de la Grande Guerre, les Normaliennes étant alors hébergées chez des habitants et suivant leurs cours dans d'autres locaux tarbais. En 1922, un monument rendant hommage aux instituteurs morts pendant la Grande Guerre est mis en place dans la cour d'honneur.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les locaux sont abandonnés suite aux lois de Vichy, qui retirent la formation des instituteurs et institutrices aux écoles normales pour la confier à des instituts de formation professionnelle. L'école rouvre ses portes après la guerre, et poursuivra son enseignement jusqu'en 1965 avant son transfert boulevard Claude Debussy.

Dans les années suivantes, plusieurs institutions furent logées dans ces locaux : le Conseil des Prud’hommes qui était à l’étroit dans le combles de l’Hôtel de ville, puis l’Institut universitaire de technologie à sa création au début des années 1970, et des services liés au Département comme la Régie du Pic du Midi, mais également le Conseil en architecture, urbanisme et environnement (CAUE) et l’Office départemental des sports.

Elévation principale sur la cour d'honneur et l'actuelle rue Eugène Ténot (1880) - ADHP, 4 N 102 / 17
Elévation principale sur la cour d'honneur et l'actuelle rue Eugène Ténot (1880) - ADHP, 4 N 102 / 17